Ells

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09 juin 2014

L'attention

Paolo souhaite attirer l’attention. Il vient de tuer pour la première fois et l’absence de respect et d’attention du village est toujours présente. A une autre époque, il avait espéré coucher avec la serveuse et avait même effleuré l’idée de l’aimer secrètement. Elle le considérait tellement peu qu’il avait même renoncé à l’amour secret.
Sa colère du jour devrait lui permettre de la violer. Et pourtant il n’y arriverait pas, ces parties étaient sèches, grâce à la vie, elles avaient progressivement pris l’apparence de sachets à thé usagé.
Il était au comptoir et ne connaissait spécialement pas la prochaine étape.
- Gladice !
Aucune réponse de la dite Gladice, serveuse toujours aussi laide au cul trop gros pour ne pas bousculer les clients. Elle repassait derrière le bar avec un plateau disgracieux, des verres vides et quelques bouts de métal. Probablement de la monnaie locale.
- Gladice !
Elle était de dos. Les mains s’agitant parmi les objets louches. Elle était à son niveau pour aller chercher une bouteille.
- GLADICE !
Elle s’arrêta, les conversations aussi. Il avait mis toute sa colère, il voulait la blesser de sa voix. Tout le monde entendit une horrible voix comme un enfant qui implore sa mère. C’était Paolo qui voulait crier, il n’était pas bon pour impressionner. Se rendant compte de l’ambiguïté de son cri, il voulut affirmer sa position et théâtralement posa le fusil sur le comptoir. En vue de tous.

Gladice sourit, prit le fusil et le posa derrière le comptoir. Toutes les conversations reprirent, elle lui demanda d’un mauvais sourire, s’il voulait du lait. Non, il ne voulait pas de lait. S’il voulait un verre d’eau ? Non, il ne voulait pas de verre d’eau. Alors elle se détourna vers la bouteille qu’elle devait prendre et continua la commande précédente.

Pendant que les cafards avaient repris leurs courses au sol et que les pintes se baladaient des bouches édentées au bois pourries, Paolo devenait fou. Le hurlement dans sa tête reprenait de plus belle, il voulait tout casser. Et bien sûr qu’il ne le ferait pas. Il n’a pas eu les couilles de dire qu’il voulait boire un verre. Il n’a pas eu les couilles de dire qu’il était fou amoureux de Martina et qu’il était allé toutes les nuits sous sa fenêtres pendant cinq ans. Il n’a pas eu les couilles de refuser le poste de remplaçant prix-noble, ni de se faire frapper pendant par son grand frère, ni de refuser les relations sexuelles de Charline quand elle voulait « voir », ni …
Pourtant il avait tué le petit Joshua sans le connaître. Il sauta donc par-dessus le comptoir. Tomba au sol en cassant plusieurs verres et récupéra l’arme qu’il utilisa d’abord pour se relever.
Debout il se figea stupidement le canon pointé sur Gladice, son cul énorme n’avait pas bougé et son regard calculait la perte des bouteilles cassés.

 

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